/ RESIDENCY

Just Watch Me s'inspire des activités du collectif Fusion des Arts, actif à Montréal à la fin des années 1960, en offrant un espace de résidence à deux artistes engagés socialement, The artist residency is made in collaboration with the university research project InterReconnaisances, under the direction of Ève Lamoureux, which aims to make the history of the struggles of independent community movement in Quebec. Vous trouverez également visible dans l'espace, une maquette et une bande dessinée (see below) de Felicity Tayler en collaboration avec Romeo Gongora. For a historical overview of Fusion Arts, please read the text below from art historian Ève Lamoureux.

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  • Artists in residency

    Faiz Abhuani, Pascale Brunet                                                                    MORE+

     

     

    FAIZ ABHUANI

     

    PASCALE BRUNET

    Pascale Brunet est organisatrice communautaire et tricoteuse sociale. Dans ses temps libre, elle aime se promener dans les rayons de soleil, devenir amie avec des chats et/ou faire la sieste. Dans ses temps pleins, elle est impliquée dans différents projets collectifs qui mélangent art, politiques, bien-être collectif et espace public : P!NK BLOC, Maille à Part, À qui la ville?, Politics & Care, Back Off!, ...

     

  • Fusion des Arts inc.

    par Ève Lamoureux                                                                 TEXTE COMPLET +

    L’exploration des rapports entre l’art et la société, voilà à quoi s’est consacré Fusion des arts inc. Cette compagnie à but non lucratif, active entre 1965 et 1969, était constituée des artistes Richard Lacroix, Yves Robillard, François Soucy, André Montpetit, Robert Daudelin et de beaucoup d’autres personnes aux affiliations variées. Fusion des arts, c’est aussi un centre d’activités regroupant divers organismes indépendants, dont l’Atelier libre de recherches graphiques, la Guilde graphique et le Comité d’information politique.

     

    Fusion des arts a changé au fil des ans, en phase avec l’évolution culturelle, artistique et sociopolitique de l’époque, marquée par une radicalisation politique progressive de certains, certaines. Les premières activités prennent la forme d’expérimentations artistiques plus formelles qui s’attaquent à l’autonomie de l’art et à la spécialisation disciplinaire, au mythe de l’artiste de génie et à l’art comme objet de consommation. Prenant en compte les innovations technologiques et l’ère des médias de masse, le groupe prône un travail de création collective ainsi que la démocratisation de l’art, inséré au cœur de l’espace social, vecteur de jeu et d’une participation active des spectateurs. Les mécaniques, environnement présenté au Pavillon de la jeunesse de l’Expo 67, ainsi que les affiches politiques de Montpetit et Lacroix (1967) en sont des exemples probants.

     

    Par la suite, les membres optent pour des projets axés sur l’animation culturelle. La participation et la prise de parole des gens du peuple deviennent encore plus centrales. Le groupe se concentre aussi sur des recherches théoriques bien résumées par deux questions explorées par Alain Badiou lors d’une conférence sur l’esthétique marxiste (1968) : « Qu’est-ce que l’art? », « Que doit-être l’art? ». Deux cellules, « Art et techniques d’action sociale » et « Esthétique et art populaire », explorent l’efficacité sociale et politique de l’art, ainsi que et le concept d’art populaire. Le caractère laïc, nationaliste et marxiste du groupe s’affiche de façon plus radicale. Le Comité d’information politique organise deux festivals de cinéma politique en 1968. En plus de recueillir des fonds, notamment pour la libération des prisonniers politiques Pierre Vallières et Charles Gagnon, il vise à informer et à sensibiliser au sujet des activités révolutionnaires internationales. Jean Lesage, alors chef de l’opposition à Québec, suggère au gouvernement, en octobre 1969, de faire enquête sur le groupe. Les membres choisissent d’arrêter leurs activités.

     

    Fusion des arts avait des ambitions révolutionnaires : contribuer, par l’art, à une libération individuelle et collective. Il soulève des questions propres à l’art engagé : quels sont ses formes et objectifs? Quel est son impact? Dans quels lieux doit-il se déployer? Quels liens les artistes doivent-ils entretenir avec les organisations politiques? Avec l’État? Quelle est la spécificité des artistes engagés par rapport aux militants politiques? Ces questions résonnent tout au long des 20e et 21e siècles, se teintant des contextes singuliers d’engagement de chacun des artistes. C’est ce à quoi nous sommes conviés à réfléchir : que partagent les artistes engagés québécois passés et présents? En quoi sont-ils différents?

     

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    Les informations les plus substantielles sur Fusion des arts se trouvent dans le livre publié sous la direction d’Yves Robillard, Québec Underground 1962-1972, Tome 1, Montréal, Médiart, 1973, p. 175-349.

  • Fusion des Arts inc.

    by Ève Lamoureux                                                                              FULL TEXT +

    Fusion des arts, Inc. devoted itself to exploring the relationships between art and society. This not-for-profit company, which was active from 1965 to 1969, was made up of Richard Lacroix, Yves Robillard, François Soucy, André Montpetit, Robert Daudelin and many other people with various affiliations. Fusion des arts was also an activity centre that brought together several organizations, such as the Atelier libre de recherches graphiques, the Guilde graphique and the Comité d’information politique.

     

    Fusion des arts changed over the years in response to the cultural, artistic and socio-political developments of the period, which was characterized by a mounting political radicalization of some of its members. The initial activities were more formal experimentations that took on the autonomy of art, disciplinary specialization, the myth of the genius artist, and art as a consumer object. Cognizant of technological innovations and the advent of the mass media age, the group advocated collective creation activity as well as the democratization of an art which is placed at the centre of a social space considered as a vector for play and active audience participation. Les mécaniques, a performance environment presented at the Expo 67 Youth Pavilion, as well as bothMontepetit’s and Lacroix’s political posters are telling examples of this.

     

    Later, members turned their attention to projects focusing on cultural facilitation. Participation and providing people with a voice became increasingly central. The group also focused on theoretical research, which is well summed up by two questions Alain Badiou explored during a conference on Marxist aesthetics (1968): “What is art?” and “What should art be.” Two cells, “Art et techniques d’action sociale” (“Art and social intervention techniques”) and “Esthétique et art populaire” (“Aesthetics and popular art”), explored art’s social and political effectiveness, as well as the concept of popular art. The group’s secular, nationalist and Marxist orientation became more pronounced. The Comité d’information politique (Political Information Committee) organized two political film festivals in 1968. In addition to fundraising, notably for the release of the political prisoners Pierre Vallières and Charles Gagnon, the group sought to raise awareness regarding international revolutionary activities. In October 1969, Jean Lesage—leader of the opposition in Quebec City at the time—recommended that the government investigate the group. The members chose to end their activities.

     

    Fusion des arts had revolutionary ambitions: contributing to individual and collective liberation through the use of art. It raised questions pertaining to political art: what are its forms and goals? What’s its impact? Where should it be deployed? What links should artists maintain with political organizations? With the state? What distinguishes engaged artists from political activists? These questions resonate throughout the 20th and 21st century century and are inflected by each artist’s specific context. We are invited to consider the following: What do Quebec artists of the past and present have in common? In what ways do they differ?

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    The most comprehensive information about Fusion des arts can be found in: Québec Underground 1962-1972, Tome 1,Yves Robillard ed., Montréal, Médiart, 1973, p. 175-349.

  • / archives

    Romeo Gongora a consacré l’espace de Fusion des Arts à la thématique de l’engagement politique des artistes et à l’influence de l’État sur l’art. La réalisation de ce projet a été précédée d’une étape de cueillettes d’informations. Après avoir lu les extraits du «Québec Underground 1962-1972» concernant les pratiques de ce groupe, il a consulté Michel Roy, qui avait étudié les activités de Fusion des Arts dans son mémoire de maitrise, ainsi qu’Ève Lamoureux qui avait publié l’ouvrage intitulé «Art et politique».

     

    Romeo Gongora a, par la suite, invité Ève Lamoureux à collaborer avec lui. Elle lui a proposé d’insérer sa collaboration dans le cadre d’un projet de recherche multidisciplinaire intitulé InterReconnaissances qui vise à faire l’histoire des luttes du mouvement communautaire autonome du Québec. Ensemble, ils se sont posé la question suivante : Comment situer la position des artistes militants qui ne sont pas reconnus par le monde de l’art en tant qu’artistes professionnels ? Ensemble ils ont décidé de transformer l’espace de Fusion des arts en atelier de création qui intégrait l’action d’artistes militants dans l’espace public afin de donner une nouvelle orientation aux enjeux de l’art engagé posés par Fusion des arts. Ils ont invité trois artistes dont les pratiques rencontraient les objectifs de leurs projets réciproques. Pascale Brunet est une organisatrice communautaire et impliqué dans le collectif P!NK BLOC, Faiz Abhuani est membre du groupe Artivistic. Rachel Heap-Lalonde est une organisatrice communautaire et membre d’une fanfare militante.

     

    Romeo Gongora et l’équipe de recherche d’Ève Lamoureux ont rencontré les trois artistes pour leur donner des informations sur le déroulement de leur résidence dans le cadre du projet «Just Watch Me». Ils souhaitaient qu’ils s’inspirent du travail de Fusion des Arts dont ils avaient retenu les concepts suivants : militantisme et radicalisme, nationalisme et indépendance, le marxisme selon Alain Badiou, l’art engagé, le rôle social de l’artiste et, l’art et l’état. Les artistes ont été informés qu’ils avaient accès à l’espace de l’atelier à partir du 15 août 2014, qu’ils devaient être présents un jour par semaine, créer des œuvres participatives générant un processus de création collective reliée à la thématique.

     

    Les artistes ont commencé à travailler le 5 septembre. Rachel Heap-Lalonde a quitté le projet deux semaines plus tard. Faiz Abhuani et Pascale Brunet ont organisé des rencontres avec des artistes militants et des événements de création avec le public, dont la réalisation sur un tableau noir, de cartographies de l’art engagé qui se transformaient selon les rencontres.

     

    Leur résidence s’est clôturée par un pot lock et une discussion informelle sur des expériences de l’art et de l’engagement. Des invitations à participer à ce pot lock avaient été envoyées à des artistes militants de différentes générations. Et Ève Lamoureux a fait des entrevues avec les personnes impliquées dans la résidence, entrevues qui ont enrichi le projet de recherche InterReconnaissances dans lequel elle est impliquée comme chercheure.

     

    Dans le contexte de la résidence, Romeo Gongora et l’historienne d’art Felicity Tayler ont décidé de produire une œuvre sur la conférence portant sur l’esthétique marxiste donnée par Alain Badiou, en 1968, dans les locaux de Fusion des Arts. Ils se sont posé la question suivante : comment rendre l’esthétique marxiste accessible au grand public? Ils ont produit le script d’une performance inspirée par le théâtre invisible d’Augusto Boal, les performeurs sont invités à se promener avec une maquette de l’œuvre Synthèse des arts de Fusion des arts, réalisée par Romeo Gongora et Felicity Tayler. Ils ont également produit une bande dessinée mettant en scène la conférence d’Alain Badiou. La maquette de la sculpture Synthèse des arts et la bande dessinée ont été exposées dans l’espace de Fusion des Arts.

     

    La direction de la galerie demanda à Ève Lamoureux de rédiger un texte sur la signification historique de Fusion des Arts dont l’interprétation a été nourrie par les discussions tenues en amont de l’élaboration du projet.

     

     

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Fusion des arts, «Les mécaniques», Pavillon de la Jeunesse, Exposition universelle, 1967 - Fonds d’archives Diapothèque de l’UQAM

An event produced and presented at the Leonard & Bina Ellen Art Gallery

Concordia University, from September 5 to October 11, 2014

Université Concordia, 1400, boul. de Maisonneuve Ouest, LB-165

Montréal (Québec) H3G  1M8

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